lenvers des chosesL'envers des choses est une invitation à un renversement du regard, à voir et vivre le monde par dessous.

Des images de corps se mêlant à différentes matières, de l'eau, beaucoup d'eau, des couleurs, de la terre parfois.Paysages sans repères, noyés de ciel, corps mélangés aux nuages. Une chute immobile, lente, une fiction perceptive, retournée.

Il est ici question de points de vue, de basculement de nos repères, de perspectives déroutantes. Via le jeu de transparences et de reflets que permet le dispositif de captation vidéo particulier mis en place, nous créons différentes situations, nous plongeant dans un univers basculant sans cesse de l'abstraction au réalisme, de l'absurde au symbolique.

Co-réalisation: Chloé Decaux et Sébastien Molliex

Interprètes: Abel Victor, Chloé Decaux, Sébastien Molliex

Installations plastiques et sonores / bruitage: Lynn Pook

 

L'envers des choses est le prolongement d'expérimentations de vidéos-danse destinées à être diffusées de manière singulière, dans une installation plastique et sonore environnementale stimulant non seulement la vue et l'ouïe, mais aussi le toucher des spectateurs. C'est un projet poly-sensoriel, jouant à bousculer nos modes de perception du monde, par une mise en relation originale de nos sens.

 

«Rien de ce qui s'est dit de la figure humaine ne m'a jamais convenu; toute pensée entendue sur ce sujet, je l'ai toujours trouvée beaucoup plus juste inversée: comme si nous vivions dans un miroir à l'envers du monde. Je me suis toujours figuré la vérité tête en bas, pendue à l'envers de nos paroles, la vraie pensée sens contraire, et le bon poète, le bon philosophe, comme un enfant - c'est à dire comme un renverseur profond.»
Valère Novarina Pendant la matière

 

Le processus est simple : Un dispositif de captation vidéo «vue de dessous»

L'envers des choses //Cie les Os pOsés// (extraits) from Os pOsés on Vimeo.

 

Une plaque de verre incassable montée sur une structure à 2m du sol, une caméra en dessous, le ciel, la lumière, les corps et des matières au dessus. Les images sont filmées en lumière naturelle et avec des conditions météorologiques différentes. Nous, interprètes, corps en mouvement sur et sous la plaque de verre, construisons et déconstruisons l'image de nos corps en jouant avec les ombres, reflets, transparences, occultations, superpositions de matières en mélangeant dessous et dessus, dedans et dehors. L'enjeu est ici de se saisir des effets visuels surprenants surgis par le jeu de la lumière au moment de la captation et de ne rajouter aucun effet visuel en post-production. Seuls quelques fondus enchaînés sont ajoutés lors du montage.

 

Un projet en étapes

 

ETAPE 1 :

Expérimentations vidéo-danse et montage de petits films Des expérimentations avec un dispositif sommaire réalisées en été 2014 ont donné matière à une série petits cours métrages (10-15 min) encore en cours de montage, dédiés à des situations de monstration « classique » (projection sur écran). Dans ces films, la perte de repères spatiaux générée par les images permet de créer des fictions abstraites, parfois absurdes, projetant le spectateur dans un univers sensible, ou chaque geste, chaque variation est le support de chimères visuelles déroutantes. Chaque film est issue d'un processus exploratoire différent tant par les matières mises en oeuvre, les différents types d'actions des danseurs, que dans le travail de montage.

 

ETAPE 2 : Maquette, recherche et développement

Les films issus des premières expérimentations nous ont donné envie de présenter de façon inaccoutumées ces images ainsi que celles à venir (que nous réaliserons selon le même principe). A terme, nous souhaiterions inventer un dispositif plastique et scénique inhabituel qui propose aux spectateurs une mise en situation corporelle mettant en jeu leurs différents sens. Lors de cette étape de maquette, nous voulons d'une part approfondir le travail vidéo engagé précédemment en réalisant une plateforme en verre plus grande permettant un plus grand déploiement des corps et plus de circulation. D'autre part, une recherche sur les matières sonores et tactiles sera menée dans le but de créer un univers intimiste, voir intime et organique participant au caractère immersif de l'expérience proposée. Nous explorerons notamment la dimension tactile du son sur le corps et chercherons des moyens de stimuler le sens du toucher. Enfin, pour partager et enrichir nos explorations, nous souhaitons travailler sur des mises en situation auprès de différents publiques. Lors d'une résidence en milieu hospitalier (Hôpital de Die – 26150) qui devrait se dérouler à l'été 2015, nous explorerons des modes de présentation individuels et mobiles adaptés à la situation particulière des patients alités et du personnel hospitalier. Cela nous permettra d'explorer différents processus de partage de ces expériences sensorielles et de collecter des témoignages. Nous imaginons développer à cet occasion un chariot mobile d'expérimentation nous permettant de nous adapter aux contraintes dues à l'hospitalisation. Ce travail nous permettra de rassembler et définir les éléments visuels et sonores les plus propices à l'expérience sensorielle ainsi que les installations physiques la mettant le mieux en jeu.

 

ETAPE 3 : Réalisation / Installations vidéo-audio-tactile

Découlant de nos recherches antérieures, nous aimerions développer une forme d'installation immersive intégrant des éléments de vidéo-danse, un univers sonore spatialisé et proposant une implication kinesthésique au public. Ce spectateur/explorateur sera amené à s'immiscer dans un espace de projection en trois dimensions, où les sons (multidiffusion) et les images se déploieront sur des surfaces multiples, reliés entre elles par un système organique répondant aux mouvements des corps qui le parcourent. Cette dernière étape, nous amènera à la construction d'un espace de diffusion mobile permettant au spectateur de vivre une expérience sensorielle multiple. Cet espace construit sur un principe de tenségrité*, répondra de manière dynamique aux mouvements des spectateurs. Il se vivra comme un champ d'exploration, invitant à une curiosité active, où chacun pourra décider des modalités et de l'intensité se son expérience. Aujourd'hui, nous ne savons pas encore si cet espace prendra la forme d'une remorque mobile ou d'une installation démontable, pouvant plus s'adapter aux lieux de diffusion. Cette petite architecture sensible s'inspirera dans sa forme de l'organisation des différents organes et tissus de notre corps qui sont séparés par les fascias*. Des orifices de taille différentes permettrons soit de laisser passer juste le regard ou l'oreille, soit une partie ou l'ensemble du corps des spectateurs et ouvriront sur des perspectives singulières (utilisation de systèmes audio-tactiles*). Il s'agira alors de s'allonger dans un filet pour voir par dessus ou par dessous, de s'adosser à un support pour entendre le son se diffuser en nous, de répondre à notre curiosité en regardant par de fines ouvertures, de passer d'un espace à un autre pour voir se modifier la projection, pour découvrir l'autre qui explore aussi.

 

 

*1 Tenségrité : faculté d'une structure à se stabiliser par le jeu des forces de tension et de compression qui s'y répartissent et s'y équilibrent.
*2 Un fascia est une membrane fibro-élastique qui recouvre ou enveloppe une structure anatomique.(wikipédia)
*3 Audio-tactile : L'audio-tactile repose selon Lynn Pook, sur un système d'interfaces permettant de faire circuler des stimulations tactiles et sonores à la surface du corps. Des haut-parleurs sans membrane sont posés directement sur différentes parties du corps du „spectateur". Ainsi, les vibrations mécaniques résultantes de la transmission de la musique dans les haut-parleurs deviennent perceptibles sur le corps et les sons eux-mêmes sont retransmis à l'oreille interne par conduction osseuse. Le corps devient alors une caisse de résonance avec une diffusion spatialisée. Chaque haut-parleur a son propre canal de sorte que la musique, et donc aussi les vibrations qu'elle provoque, peuvent se déplacer d'une partie du corps à l'autre. La synthèse tactile faite dans les systèmes audio-tactiles par l'intermédiaire des haut-parleurs sans membrane est singulière. Elle permet de transmettre une palette de sensations rugueuses, lisses ou pointilleuses sur la peau. Une synesthésie entre le sonore et le tactile accentue la sensibilité aux différentes qualités et dynamiques des stimulations et confère une dimension harmonique au toucher.

 

Ce projet est soutenu par le département de la Drôme